Réussites et échec du crowdfunding


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Vous en avez forcément entendu parler. Si ce n’est pas par le financement, courant 2012, d’une montre connectée assez incroyable (la Pebble), c’est sûrement beaucoup plus récemment par le lancement réussi de gros projets de films (Veronica Mars, il y a 1 mois, ou le prochain film de Zach Braff il y a quelques jours).

Le crowdfunding – c’est son nom – était déjà sur toutes les lèvres en 2012. Par sa capacité à toucher toutes les sphères de la création, il l’est d’autant plus en 2013.


Salut, c’est Zach Braff, je lève 2M de dollars en 3 jours sur Kickstarter

Dernier exemple en date, celui de l’acteur et réalisateur Zach Braff (bien connu pour son rôle d’interne dans Scrubs et son film Garden State). Via la plateforme Kickstarter, Zach a lancé son projet il y a 1 semaine. Il y explique que malgré le succès public et critique de Garden State, les accords financiers qu’il aurait du passer pour réaliser Wish I Was Here auraient été dommageables pour le film : il souhaitait en effet garder la main sur le final cut (le montage final), le choix des acteurs, etc. (tous les détails sont sur la page du projet)

Il a donc choisi le financement participatif. Il s’était donné 30 jours pour récolter 2 millions de dollars : il les a levés en 3 jours.

 Réussites et échec du crowdfunding

 

Grâce aux internautes qui ont participé, un film indépendant (mais grand public) va donc pouvoir voir le jour, outrepassant ainsi les accords traditionnels des studios hollywoodiens et laissant au réalisateur la main sur son projet. Une belle histoire, mais qui n’étonne pas tant que ça : il y a un mois, c’est le projet de film de Veronica Mars qui vivait la même chose (et qui a d’ailleurs inspiré Zach Braff).

Bien décidés à relancer la série Veronica Mars (culte pour certains), son créateur Rob Thomas et l’actrice principale Kristen Bell lançaient un projet Kickstarter : The Veronica Mars Movie Project. Avec un objectif de 2M de dollars, le projet a rapidement battu tous les records de la plateforme : projet le plus rapide à atteindre les 1M de dollars, puis les 2M de dollars, projet ayant le plus de participants de l’histoire de Kickstarter (91 585), etc. Au final, 5.7M de dollars récoltés.

Le film se tournera probablement cet été.


Mais au fait… le Crowdfunding ?

/ˈkraʊdfʌndɪŋ/
n.m : la pratique de financer un projet en récoltant une somme de petits montants via un grand nombre de gens, majoritairement via Internet.

Plus simplement, appelons ça le financement communautaire et participatif.

Sans rentrer dans les détails, le crowdfunding tient ses sources des actions de charité et s’est diversifié avec l’apparition d’Internet. On peut distinguer aujourd’hui plusieurs grands types de projets (source: wikipédia) :

  • financement d’entreprises
  • production communautaire / soutien aux projets
  • microcrédit solidaire
  • système de donation

C’est surtout la seconde catégorie qui nous intéresse aujourd’hui, et c’est dans celle-ci (soutien aux projets) que se positionnent les exemples de Zach Braff et Veronica Mars cités plus haut.

Il existe actuellement une tripotée de plateformes de soutien aux projets. Kickstarter, entreprise américaine et plus grosse d’entre elles, a levé 320M€ en 2012. En France, on trouve Ulule ou encore Kisskissbankbank.

 Réussites et échec du crowdfunding

A quelques détails près, les modèles sont les mêmes :

  1. le créateur du projet explique le concept en quelques lignes plus ou moins longues
  2. chacun est ensuite invité à participer au projet en effectuant un don, dont les montants sont fixés et définis par le créateur du projet
  3. pour chaque palier de don (10€, 100€, etc.), vous avez le droit à une contrepartie : cela peut aller d’un PDF du script du film, par exemple, à une invitation en avant-première à la projection ou à votre nom dans le générique de fin – tout est possible et laissé à la folie du créateur
  4. si le projet atteint son objectif et est financé, les participants reçoivent leur contrepartie. Sinon, ils sont remboursés.

Les projets présents sur les plateformes sont de tout ordre, allant du film au livre (de recettes, de photographies, etc.), en passant par des albums de musique, des jeux de sociétés, des expositions, des opéras, un compteur Geiger open-source, une combinaison spatiale pour civils, un musée de la pizza… Si vous pensez à quelque chose, il est fort probable que quelqu’un ait déjà tenté de le faire financer de manière participative.

Et les chiffres sont impressionnants : en 2012, Kickstarter annonce avoir aidé au financement de plus de 18 000 projets, pour un total de 2 240 475 participants et de plus de 300M de dollars.

Bref, difficile de ne pas voir dans le crowdfunding un véritable concept gagnant-gagnant – même si l’on est en droit de détester cette expression.

Bjork + Kickstarter + applications mobiles = FAIL

Mais tout n’est pas si rose dans le monde du crowdfunding. Pour un projet financé, combien d’échecs ? Combien de projets ignorés ?

Le dernier échec (retentissant) nous intéresse d’autant plus qu’il concerne un projet web/mobile : il s’agit de celui de Bjork. Inutile de la présenter, vous la connaissez sûrement, au moins de nom ou pour l’un de ses clips (All is full of love).

En 2011 sortait Biophilia, le dernier album de la chanteuse islandaise. Il s’accompagnait à l’époque d’une application iPad expérimentale, offrant 1 module interactif pour chaque titre de l’album (jeu, remix, etc.). Malgré le succès de l’expérience, Bjork se rend vite compte qu’une grande partie des intéressés par l’application (pour des raisons éducatives) sont les étudiants ayant peu de revenus, ou les écoles avec des budgets très faibles. Le moyen envisagé pour répondre à leurs demandes est donc de porter l’application sur Android et Windows 8.

Bjork décide pour cela de lancer une campagne de crowdfunding : Biophilia app for Android & Windows 8. Elle réclame £375,000 (445 000€).

 Réussites et échec du crowdfunding

Une dizaine de jours plus tard, la campagne est annulée, avec un financement de 4% du projet seulement. Bjork poste une petite note pour expliquer cette annulation, dans laquelle elle explique en substance que “porter l’application pour Android et Windows 8 s’avère incroyablement compliqué” et qu’il aurait fallu “8 développeurs pendant 5 mois pour la finir.” (6400 heures de travail, un chiffre ahurissant)

Les raisons de l’échec de cette campagne sont encore discutées aujourd’hui (contreparties pas assez intéressantes, gros manque de communication entre Bjork et son public, etc.).


Mais il est une question que l’on ne peut s’empêcher de soulever ici : et si Bjork et son équipe avaient pensé dès le début du projet à la portabilité sur les autres plateformes (Android, Windows 8…) ?

En apparté du crowdfunding, si l’on devait les conseiller aujourd’hui sur la réalisation d’un tel projet, nous serions tentés de leur dire d’éviter de développer sur un support propriétaire tel le SDK d’Apple. La réalisation Explore Touch par Fantasy Interactive est un excellent exemple récent de l’utilisation du HTML5 sur un concept similaire (expérience musicale).

Fi’s new IE10/HTML5 Concept Project with Microsoft from Fantasy Interactive on Vimeo.

 

Malgré l’exemple un peu à part de Bjork, le crowdfunding est une belle révolution, confirmée par la multiplicité des plateformes qui continuent de naître, les fonds levés et tous les projets financés jusqu’à aujourd’hui.

Une révolution comme seul le web le permet de nos jours.

 

 

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